Vers une équitation fluide « à l’américaine »

Ce que les cavaliers européens peuvent apprendre de l’expérience de Marie Hécart, cavalière internationale 5*, qui nous partage son expérience de l'équitation aux USA.

Équitation Sophrologique - Par Romain Basmaison, le 3 janvier 2026

Et si la fluidité, la légèreté et la performance ne passaient pas par plus d’actions, mais par moins de tensions ?
C’est la question qui traverse cette conversation passionnante que nous avons eu avec Marie Hécart dans l'épisode de podcast, cavalière internationale de saut d’obstacles, partagée depuis près de 20 ans entre la France et les États-Unis.

À travers son parcours, se dessine une autre culture équestre : une équitation classique, exigeante, mais profondément orientée vers le mouvement, la connexion et le développement du cavalier.

Une équitation classique… mais vivante

Contrairement aux idées reçues, l’équitation dite « à l’américaine » n’est pas une équitation relâchée ou approximative. Elle est profondément classique, mais enseignée différemment.

Dès le plus jeune âge, les cavaliers américains passent par des disciplines comme le Hunter et l’Equitation, où tout est jugé :

  • la position

  • la qualité du galop

  • la précision des trajectoires

  • la fluidité du parcours

  • l’équilibre du couple

Ces épreuves imposent des bases extrêmement solides. Sans posture juste, impossible d’y performer. Résultat : à 18 ou 20 ans, certains cavaliers arrivent sur des Grand Prix 1m50–1m60 avec une stabilité, une discrétion et une maturité impressionnantes.

La position n’est pas un détail esthétique : c’est un outil de performance et de sécurité, de respect du fonctionnement biomécanique du cheval. Une belle équitation est éthique et technique, consciente et performante.

La posture : équilibre, minimalisme et stabilité

L’un des points clés évoqués par Marie Hécart est la position du cavalier :

  • centré au-dessus de son cheval

  • dos droit, mains devant soi

  • jambes fixes mais disponibles

  • bras souples, articulations mobiles

Moins de gestes, plus de souplesse, plus de clarté. Cette posture permet au cheval de se tenir seul, sans être perturbé par des actions parasites, souvent contradictoires avec la qualité de mouvement recherché.

Quand les barres montent, cette stabilité devient un gain de temps, de fluidité… et de confiance.

Le regard : une clé majeure de la fluidité

C’est un point souvent sous-estimé en Europe : l’usage du regard.

Aux États-Unis, le regard fait partie intégrante de la formation :

  • regard porté loin, panoramique

  • anticipation des lignes et des courbes

  • menton relevé, épaules ouvertes

Un regard figé ou baissé fige le corps. Un regard ouvert libère le mouvement. Comme le disait Michel Robert (cité dans l’échange) : Le regard panoramique ramène aux sensations, à l’équilibre et au relâchement.

Il ne s’agit pas de “viser une distance”, mais de sentir la qualité du galop, l’engagement, la disponibilité du cheval.

Le mouvement en avant… sans précipitation

Oui, les Américains galopent. Mais pas n’importe comment.

Le mouvement en avant n’est possible que si :

  • le cheval a la liberté de fonctionner dans sa chaîne dorsale (point développé dans mon livre Équitation Consciente)

  • le cavalier ne retient pas inutilement

  • les transitions sont claires et fréquentes

Les exercices sont simples mais fondamentaux :

  • avancer / revenir sur un nombre précis de foulées, sur un cercle puis en ligne droite

  • transitions dans l’allure

  • barres au sol, parcours de barres, “faux barrages” sans sauter

Objectif : mécaniser la compréhension, rendre le mouvement naturel, ludique, évident.

Fluidité ≠ absence de cadre

Un point essentiel ressort : la fluidité ne vient pas du laxisme, mais de la clarté des codes.

  • réponses à la jambe, qui n'agit pas la majorité du temps

  • réponses à l'orientation de la main vers le haut et vers l'avant, qui est un outil de connexion (et non de tension)

  • actions brèves, jamais prolongées

Une action qui dure devient un bruit de fond. Le cheval s’y appuie… ou s’y oppose. Les chevaux froids se blasent et deviennent lourds, les chevaux chauds deviennent stressés et précipités.

La légèreté est une discipline de justesse et de fonctionnement conscient à cheval.

Contact, liant et proprioception

Le contact juste ne se force pas. Il se construit dans le temps, minute après minute par la recherche conscience de la régularité et du liant sans le mouvement (les bras disponibles aux mouvements du balancier tête - encolure du cheval).

Ni rênes flottantes, ni tension excessive : un grammage précis, vivant, constant.

Je le rappelle : La main est fixe par rapport à la bouche du cheval, qui bouge !

Cela demande :

  • du relâchement musculaire (justes tensions pour la verticalité et l'action juste et courte)

  • de la mobilité articulaire (épaules, coudes, doigts, sacro-iliaque, genoux, chevilles)

  • une verticalité entre terre et ciel à cheval

  • des bras dissociés, offerts, mobiles

C’est un travail de sensations, de proprioception, de répétition consciente. J'aime appeler cela la "proprioposition".

Préparation mentale : le chaînon souvent oublié

La conversation avec Marie Hécart se termine sur un point fondamental : le mental du cavalier.

Aux États-Unis :

  • culture du coaching

  • attitude positive

  • valorisation des réussites

  • rapport sain à l’échec

Un cavalier tendu mentalement ne peut pas être juste physiquement.
La respiration, la visualisation, l’ancrage font partie intégrante de la performance.

Un cavalier clair dans sa tête crée de la clarté dans son corps… et avec son cheval.

Aller plus loin : quand la fluidité extérieure naît de l’harmonie intérieure

Si cette vision d’une équitation fluide, légère et précise vous parle, ce n’est sans doute pas un hasard. Elle ne repose pas uniquement sur une meilleure technique, une position plus juste ou des exercices bien choisis. Elle s’enracine aussi dans quelque chose de plus profond : l’état intérieur du cavalier.

La stabilité du corps, la justesse des actions, la qualité du regard, la capacité à laisser le cheval fonctionner… tout cela dépend directement de notre niveau de présence corporelle, de relâchement physique, de clarté mentale et de capacité de gestion émotionnelle.

Un cavalier tendu, dispersé ou envahi par le doute crée — sans le vouloir — de la résistance, du bruit, de la confusion. À l’inverse, un cavalier posé, respirant, centré, ouvre la voie à une équitation fluide, lisible et vivante.

C’est le cœur de ce que je transmets à travers l’Équitation Sophrologique : une approche qui permet au cavalier — et à l’enseignant — d’identifier les tensions internes et de proposer des exercices concrets (de sophrologie et techniques) pour les remplacer par des actions corps - esprit en lien avec l'équitation et la relation au cheval que nous souhaitons incarner.

Quand l’harmonie intérieure s’installe, et qu'elle est liée à des apprentissages techniques justes ("académiques et holistiques" comme j'aime dire), elle devient visible à l’extérieur : dans la posture, dans le regard, dans la respiration… et dans la relation au cheval.

Pour pratiquer à ton rythme

  • Le programme en ligne Équitation Sophrologique
    Un accompagnement progressif pour développer la conscience corporelle, la régulation émotionnelle et la qualité de présence à cheval.

  • Le livre Équitation Consciente
    Pour approfondir ces notions de fluidité et de fonctionnement, comprendre les liens entre psychisme, corps et relation au cheval, et nourrir une pratique plus alignée.

Pour vivre l’expérience sur le terrain

  • Organiser un stage dans ton écurie
    Pour offrir à tes cavaliers ou élèves une expérience immersive, concrète et transformatrice, au plus près de leurs ressentis et de leurs chevaux.

  • Le stage immersif Équitation Sophrologique – Vierzon du 8 au 10 mai
    Trois jours pour ralentir, ressentir, observer l’égo à l’œuvre et explorer une autre manière d’être à cheval, dans un cadre sécurisant et profondément humain.

Pour les enseignants d’équitation